La préparation de la construction


Les raisons de la construction

La construction d’un temple peut être une réponse à bon nombre de problématiques. L’affirmation du respect d’un Roi pour une divinité particulière est sans doute l’aspect le plus naturel auquel on peut penser. Le Roi, par l’intermédiaire de cette cons-truction, souhaite ainsi montrer à une quelconque divinité son respect. A Karnak, par exemple, le constant agrandissement du temple d’Amon est du au désir de chaque Roi de surpasser les travaux de ses prédécesseurs et de montrer à la divinité sa totale reconnaissance. Outre cette dévotion, qui régit toute œuvre créatrice en Egypte Ancienne, de nombreuses autres raisons peuvent être trouvées.

Tout d’abord, la restauration d’édifices plus anciens peut être l’occasion d’engager une nouvelle construction. Ainsi, le temple ptolémaïque d’Edfou a-t-il été construit afin de remplacer celui – beaucoup plus ancien – qui devait remonter, au moins à Ramsès III, si l’on en croit le pylône érigé par celui-ci, unique vestige de l’ancien temple. Il semble en effet que bon nombre de temples ptolémaïques aient été construit sur d’anciens temples, afin de les remplacer. On peut trouver plusieurs explications à cela. D’une part, les matériaux utilisés, notamment le calcaire, s’abîment facilement. Ainsi, Hatchepsout déclare : « Il (le temple) montre des plaies, et mon génie invente un moyen de faire des temples plus solides que ceux conçus par mes ancêtres »1, faisant sans doute référence aux édifices de calcaire de Sésostris Ier à Karnak. Rappelons également que, près du Nil, les temples n’étaient pas tout à fait à l’abri des caprices de celui-ci, ainsi, il est arrivé que l’eau du Nil entre dans les temples2. D’autre part, l’Histoire de l’Egypte ancienne étant mouvementée, on peut très bien imaginer que les périodes de troubles ou d’invasions ont très bien pu participer à la détérioration des temples. Akhénaton a participé à la détérioration de certains reliefs, puisqu’il aurait exigé l’effacement de toute mention du nom d’Amon ou les représentations de cette divinité.

Ensuite, la construction d’un temple pouvait être l’occasion de célébrer un évènement particulier. Ainsi, on a avancé l’hypothèse selon laquelle les temples d’Abou Simbel marqueraient la victoire de l’Egypte sur la Nubie, plus précisément de Ramsès II sur les nubiens. De nombreux temples d’Hatchepsout, par exemple, servent de support à rendre légitime le règne de celle-ci, « usurpé ».

Enfin, le temple pouvait également servir à établir un culte personnel, comme c’est le cas pour les temples de millions d'années de la rive Ouest de Thèbes, improprement appellés « temples funéraires », qui étaient destinés à rendre, pour l’éternité, un culte au roi défunt. Néanmoins, ces temples sont organisés de telle sorte que ce sont les dieux qui, en recevant un culte, puissent assurer la survie du Roi dans l’au-delà. Une fois que la décision d’établir ou d’agrandir un temple a été prise, il ne restait plus qu’à faire appel à des architectes.

Crédit photo : Vincent Euverte

Stèle du Louvre C12, appartenant au contrôleur d'équipe Iményséneb

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Etablissement du plan

L’orientation d’un temple dépend de plusieurs critères, son organisation interne est également soumise à de nombreux facteurs. En règle générale, le temple suit l’organisation habituelle « Pylône, cour, salle hypostyle, reposoir de barque, sanctuaire ». L’architecte n’a donc pour tâche que d’organiser les volumes et les tailles. Dans le cadre d’un agrandissement, il a été avancé que ceux-ci étaient conformes, dans certains temples, à une logique mathématique. Ainsi, le ratio des agrandissements des temples de Karnak semble suivre la suite de Fibonacci3 (1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, etc.), la taille des agrandissements étant de plus en plus importante. L’aspect général du temple, ou de l’édifice, est dicté par son utilité. Les stations reposoirs pour les barques divines ont ainsi une forme bien particulière, comme la Chapelle Blanche de Sésostris III. La divinité même, peut engendrer des changements d’architecture, on peut relever les temples solaires de l’Ancien Empire qui étaient destinés à Rê et qui arboraient en leur centre un obélisque, ou même les temples à Aton construits par Akhénaton et dont le culte, contrairement aux autres, s’effectue en plein air. On citera également le temple de Kom Ombo, qui en raison du culte, présente une organisation bipartie, le temple étant scindé – au niveau du sanctuaire – par un mur afin de séparer les deux cultes. Le temple d’El Qal’a présente également deux axes perpendiculaires en raison des croyances locales.

Comme aujourd’hui, il semble que les architectes de l’Egypte Antique travaillaient grâce à des plans. Si l’on a retrouvé quelques traces de plans de tombes (notamment à Deir el Medineh), voir d’habitations 4, les plans de temples se font plus rares. Cependant, on a retrouvé le plan d’un temple d’Héliopolis aujourd’hui conservé au Musée de Turin5 qui fait l’inventaire des objets qu’il contenait. L’observation des plans égyptiens en général montre que les architectes plaçaient sur ceux-ci des cotes. Les conventions du dessin égyptien s’appliquent également à la réalisation de plans. Ainsi, sur les plans de tombes, les portes sont elles représentées à plat.

Plan partiel d'un palais sur un bloc de calcaire (Photo : ©Musée du Louvre/C. Décamps)6

Plus impressionnant encore est la découverte d’une maquette représentant l’entrée d’un temple7. Une reconstitution de la maquette originale par le Brooklyn Museum montre que cet objet représentait le pylône, deux obélisques et des statues précédant l’entrée. Cependant, il n’est pas établi que cette maquette ait eu une valeur d’avant projet ou ait simplement servi comme quelconque objet de culte, ce qui est plus probable.

Une dernière étape devait être de choisir les différents types de construction qui allaient s’appliquer au monument. Ainsi la Chapelle Rouge d’Hatchepsout à Karnak, est elle construite de petits éléments préfabriqués8 qui se montaient facilement grâce à un système particulier d’encoches. Dans la même optique, les temples d’Akhenaton sont construits en talatates, petits blocs de pierre.

Toutes ces étapes accomplies, il ne restait plus qu’à entamer la construction.



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Le socle d'une maquette de temple égyptien, retrouvée à Tell el-Yahudiya, datant probablement du règne de Séthy Premier.

Le même socle, avec certains éléments replacés.

Notes

1 Luc Gabolde, Le "Grand Château d'Amon" de Sésostris I à Karnak, Insitut de France, §215.
2 Luc Gabolde, Le "Grand Château d'Amon" de Sésostris I à Karnak, Insitut de France, §216.
3 Richard H. Wilkinson, The Complete Temples of Ancient Egypt, Thames & Hudson, p. 48.
4 Plan d’un ensemble de cours avec silos, Le Caire, Musée Egyptien
5 Inv. Suppl. 2 682
6 Louvre, E 14325, Non exposé
7 New York, Brooklyn Museum
8 Christiane Desroches Noblecourt, La Reine Mystérieuse - Hatchepsout, Pygmalion, p.389.

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