Architecture de l'Ancien Empire


L'Ancien Empire (situé aux environs de 2700 à 2100 avant Jésus Christ) est une période de forts contrastes. Autant le système royal et l'organisation administrative du pays sont fortement avancés, autant l'architecture en elle-même en est à ses balbutiements. L'époque prédynastique et l'époque thinite ont certes déjà posé les bases de l'architecture de culte égyptienne, mais dans des matériaux tout à fait différents que ceux qui seront utilisés par les architectes de l'Ancien Empire. Le manque de vestiges de temples de culte divin pousse à étudier l'évolution de l'architecture de cette période grâce aux autres monuments qu'elle nous a fait parvenir, et notamment les pyramides et leurs complexes.

Un désir d'éternité...

Quelques centaines d'années étaient sans doute déjà passées depuis la construction des premiers sanctuaires égyptiens et il ne fait aucun doute que les constructions traditionnelles de briques crues, de roseau ou de bois avaient déjà eu à faire face à des intempéries. Un sanctuaire vulnérable aux menaces de la nature et du temps ne pouvait faire office de demeure divine convenable et il devenait donc nécessaire de trouver un matériau capable de durer éternellement.

La pierre était le matériau idéal pour assurer cette pérennité mais restait tout de même une innovation qu'il allait falloir appréhender, et cette découverte progressive des capacités de la pierre marquerait fortement toute l'histoire de l'Ancien Empire. Dans un premier temps, les techniques de construction des édifices de pierre étaient calquées sur celle des édifices de briques : la pierre était découpée en petits blocs réguliers qui auront donc plus ou moins la taille d'un brique. C'est ainsi que le complexe funéraire de Djoser à Saqqara est composé de blocs de pierre de hauteur à peu près constante, permettant ainsi d'utiliser les mêmes techniques de levage que les briques.

La première pyramide d'Egypte : au centre du complexe de Djoser (Photo de l'auteur).

Les décorations et les formes que prennent les murs, colonnes et plafonds rappellent les matériaux qui furent utilisés auparavant pour la construction : colonnes de roseaux (bien qu'il puisse également s'agir d'une considération purement stylistique) et plafonds de rondins de bois. Si les plafonds sont maintenant faits de dalles de pierre, ils empruntent dans un premier temps - toujours dans le complexe de Djoser - la forme des rondins de bois. Le souci du détail va même jusqu'à représenter des portes de bois, en volume, grâce à des blocs de pierre. De plus, de nombreux détails stylistiques rappellent que l'architecture copiait les formes et les principes de la nature. L'architecture de pierre du début de l'Ancien Empire est ainsi marquée par un désir de pétrifications des formes et des procédés plus anciens.

Les possibilités de la pierre

Comme les seuls monuments qui nous soient parvenus dans un état de conservation corrects de l'Ancien Empire sont les pyramides et complexes funéraires, on ne peut mesurer le degré d'avancement de la technique de la pierre que par leur évolution. Il n'est pas question ici de parler des hypothèses concernant leur construction mais simplement de leur architecture. Si les premiers monument funéraires étaient en effet composés de pierre taillés sous forme de petits modules, il est clair qu'au fur et à mesure que les constructions s'achevaient, les pierres utilisées étaient de plus en plus grosses. La nécessité de couvrir des salles à l'intérieur de la masse impressionnante de ces monuments a également poussé l'architecte égyptien à imaginer la pierre non plus sous forme de petit appareil mais sous forme de grand monolithe.

Cette utilisation de la pierre dans des élément formés d'un seul bloc transparaît ainsi dans le temple pyramidal de Khéphren à Gizeh : les piliers à section carrée sont formés d'un seul bloc de granite. Cet exemple n'est pas le seul, des colonnes monolithiques ont par exemple été utilisées dans le temple de Sahourê à Abousir. Cependant, l'utilisation de ces éléments architecturaux d'un seul est restée très limitée, sans doute pour des raisons de transport et d'économie que l'on imagine facilement.

Les blocs de la pyramide de Khéphren sont d'une taille bien plus importante que ceux de la pyramide de Djoser (Photo de l'auteur).

À part nous montrer les progrès des égyptiens dans l'utilisation de la pierre, les pyramides permettent également de tirer des enseignements quand à l'organisation d'un lieu de culte à l'Ancien Empire. Le temple de culte est ainsi divisé en deux entités reliées par un chaussée couverte : le temple bas (ou temple de la vallée) et le temple haut. Le temple bas permettait l'amarrage de navires rendant visite au complexe funéraire, un quai en quelque sorte, tandis que le temple haut était destiné au culte du roi proprement dit. Globalement, le temple bas présente toujours la même organisation : une porte, parfois précédée d'un portique, donne accès à une salle hypostyle, qui elle même s'ouvre sur des chapelles ou magasins et surtout sur la porte de la chaussée montante.

Le temple haut, lui, contient déjà l'ébauche de ce qui sera le temple classique du Moyen ou du Nouvel Empire. Le haut de la chaussée montante s'ouvre sur un hall d'entrée parfois agrémenté de colonnes, qui lui-même s'ouvre sur une cour à ciel ouvert entourée de colonnes. Souvent placé dans l'axe du temple, le sanctuaire est relié à cette cours par des couloirs qui sont soit également alignés avec l'axe du temple, soit décalés en formant des coudes par exemple. Quoi qu'il en soit, et même si l'on peut interpréter ce décalage avec des arguments théologiques, l'ensemble est entouré de nombreuses niches et magasins qui devaient contenir des offrandes ou objets de culte ou être des chapelles destinées à un culte particulier.

Le temple solaire

L'Ancien Empire a légué deux exemples d'un type architectural tout à fait particulier : le temple solaire. Composé comme un complexe pyramidal classique, avec sont temple haut et son temple bas, le temple solaire s'en différence par le fait que, d'une part, il n'est pas dévoué à un culte funéraire et que, d'autre part, il est organisé autour d'une sorte d'obélisque et non d'une pyramide. Cette sorte d'obélisque, composé d'un socle de base carrée, surmonté d'une structure plus fine, en pyramide tronquée, symboliserait le Benben : l'incarnation des rayons du soleil créateur. Des recherches plus poussées ont également suggéré que le socle aurait pu soutenir - dans le premier projet du temple d'Ouserkaf à Abou Ghourab - un mât, rapprochant ainsi le culte de celui pratiqué à Hiérakonpolis, contrairement à l'image du Benben, héliopolitaine.

Ces temples solaires sont intéressant dans la mesure où, en plus de leur originalité, ils présentent des similitudes avec les lieux de cultes solaires qui seront construits plus tard, et notamment des zones de sacrifices d'animaux ainsi qu'une organisation tournée vers le ciel, avec notamment des autels à ciel ouvert.



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Les pyramides restent un bon indicateur du savoir faire dans la construction des anciens Ă©gyptiens, mais Ă©galement de l'architecture de l'Ancien Empire (photo de l'Auteur).

Chronologie


IIIème dynastie :
Djoser (vers 2617-2599 av. J-C)
IVème dynastie :
Snéfrou (vers 2561-2538 av. J-C)
Chéops (vers 2588-2566 av. J-C)
Khéphren (vers 2509-2484 av. J-C)
Mykérinos (vers 2480-2462 av. J-C)
Vème dynastie :
Ounas (vers 2350-2321 av. J-C)
VIème dynastie :
TĂ©ti (vers 2321-2289 av. J-C)
PĂ©pi Ier (vers 2289-2247 av.J-C)
PĂ©pi II (vers 2248-2147 av. J-C)

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